Tombé du ciel
Samedi 8 décembre 2012

Comment vivre l’Avent ? Enregistrer au format PDF

0 vote

L’Avent, un temps donné pour se préparer à Noël, un temps pour redécouvrir que Dieu vient habiter parmi nous.
Dans le tumulte de nos vies du XXIe siècle, comme Marie, ouvrons notre cœur à la venue de cet enfant venu sauver l’humanité.


Comment entrouvrir nos lourdes portes à l’Inespéré ?
S’affranchir des nuits noires de nos peurs ?
Comment passer dans la toile rêche de nos vies bouleversées le fin fil d’or de l’éternité ?

Comment vivre l’Avent ?

Ressortir la vieille crèche du grenier ?
Aligner les santons de Provence sur le « papier rocher » ?
Ranger dans le tiroir le « petit Jésus », en attendant la « douce nuit, sainte nuit » de Noël pour le placer
entre le bœuf et l’âne ?
Pourquoi pas ! Mais quoi d’autre encore ?

Et qui donc est-il Celui-là qui nous parle d’attendre sa venue ?

Ne sait-il pas combien nous sommes pressés par le difficile métier de vivre !
Que nous veut-il Celui-là qui nous presse de nous mettre en route, dans la sombre froidure de nos hivers, vers l’incertaine lueur de notre propre enfantement ? De quoi se mêle-t-il, Celui-là, à venir sans permission ensemencer les grands ar-pents de notre espérance en jachère ?
Ne peut-il donc pas, Celui-là, nous laisser tranquillement fêter Noël à notre guise, déballer nos cadeaux, sabrer le champagne, souffler les bougies d’anniversaire d’un si joli conte, verser, émus, une petite larme nostalgique sur ce temps d’avant où l’enfant que nous étions y croyait encore un peu !

Mais Dieu se fiche du « temps d’avant » !
Dieu ne parle pas les langues anciennes !
Dieu n’habite plus « impasse du Passé » !

Un soir où, imprudent - Dieu est toujours imprudent - il se penchait à la rambarde du grand balcon du ciel pour mieux entendre le cri des hommes, Dieu est tombé. Il a fait une chute vertigineuse, fatale. Tout Dieu qu’il est, il s’est cassé la figure. Sa très sainte face de Dieu Tout-Puissant, Omniscient et Omnipotent en a pris un sacré coup. Il aurait pu se faire très mal en tombant. Dieu s’est d’ailleurs fait mal, infiniment mal, mais plus tard, au dernier chapitre, lorsque des hommes en armes et en certitudes se sont avisés de le reconduire à la frontière. Car il était grand temps de le remettre à sa place : on n’avait jamais vu cela ! Pensez donc, un Dieu qui débar-que ainsi, la nuit, sans crier gare, et qui vient frapper à la porte de l’humanité, sans y avoir été invité ! Le panneau, à l’entrée, était pourtant clair : « Complet ! »
Mais Dieu a mis le pied en travers de la porte, il a joué des coudes, a forcé le passage, la tête la première. Un Dieu déshabillé, totalement nu, fragile comme un nouveau-né ruisse-lant d’eau et de sang…

Mais Marie était là…

Heureusement qu’elle était là, Marie, pour accueillir l’immense dégringolade de Dieu. Car il aurait pu se briser les os en tombant sur les pierres sèches de nos cœurs endurcis. Mais Marie était là, Marie est toujours là, à veiller, à attendre et « entendre ». Elle a l’oreille absolue, Marie. Elle est sûrement musicienne, Marie.
Dans le grand fracas du monde, elle a perçu le fin silence que Dieu fit en tombant. Dieu fait toujours silence quand il tom-be dans nos bras. Alors, Marie a fait son doux métier de mère. Elle a ouvert son corps et son cœur à Dieu qui tombait. Et Dieu ne s’est pas brisé les os, il s’est reçu dans l’infinie douceur d’une femme.
Noël ? Un Dieu tombé du ciel !
Un Dieu qui, sans filet, tombe amoureux de notre humanité…
Vivre l’Avent ?
Tâcher d’entendre le fin silence
que fait la Parole
lorsqu’elle nous tombe doucement sur le cœur…

Bertrand REVILLION Panorama N°460 de décembre 2010