Mercredi 28 février 2018

Et si le silence parlait ?

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Récemment, Ouest-France titrait : « Dans dix ans, le silence pourrait ne plus exister sur terre ». Ce titre peut surprendre et pourtant nos rues, nos magasins, nos maisons, nos oreilles sont pleines de paroles, de musiques, de bruits de toute sorte. C’est aussi souvent le cas pour nos liturgies et nos églises, comme si le silence nous faisait peur ou que, tellement habituées au bruit, nos oreilles ne se rendaient plus compte de la richesse du silence.

Serge Kerrien
Serge Kerrien

Dans la liturgie La liturgie, célébration du Christ dans son mystère pascal, ne saurait se passer de silence. L’Église le rappelle au n° 45 de la P.G.M.R, (Présentation Générale du Missel Romain) : « Le silence sacré fait partie de la célébration : il doit aussi être observé en son temps. Sa nature dépend du moment où il se trouve placé dans chaque célébration. En effet, pendant l’acte pénitentiel et après l’invitation à prier, chacun se recueille ; après une lecture ou l’homélie, on médite brièvement ce qu’on a entendu ; après la communion, le silence permet la louange et la prière intérieure. Dès avant la célé-bration elle-même, il est bon de garder le silence dans l’église, à la sacristie et dans les lieux avoisinants, pour que tous se disposent à célébrer les saints mystères religieusement et selon les rites ».

On ne saurait être plus clair, pour le chrétien, le silence est bien un lieu où Dieu agit malgré les apparences ; se priver de silence, c’est priver Dieu d’une part de son action.

Par ailleurs, dans un monde où tout n’est que bruit, l’envie de calme et de silence se fait souvent désirer, comme une manière d’équilibrer sa vie. Dans la liturgie, la demande est la même, tant nous avons tendance à multiplier les paroles et les chants, comme si le silence était inutile et faisait peur. Pourtant, il nourrit, lui aussi, la participation active. Tout autant que le chant, le silence construit la communion ecclésiale, si du moins il est le fruit, audible, d’une prière nourrie par la Parole de Dieu ou d’une attitude intérieure préparant l’assemblée à écouter son Seigneur, à lui adresser une prière, à accueillir le don de sa vie. Il tient de l’expérience spirituelle qu’il enrichit.

Paroles et silence Comment dès lors équilibrer paroles et silence ? D’abord en se mettant soi-même en état de silence intérieur avant même le début de la liturgie. Cette exigence s’impose à tous sans exception et particulièrement aux acteurs de la liturgie : par eux, Dieu parle à l’assemblée. Il est insupportable que, quelques minutes avant le début d’une célébration, nos églises bruissent de toutes sortes de conversations inutiles. On peut se dire bonjour ; on n’est pas obligé de raconter sa vie. Il convient ensuite d’avoir toujours ceci à l‘esprit : le chant, les paroles ne peuvent réellement exister et jouer pleinement leur rôle que si le silence les encadre. Avant qu’il ne chante, le silence ouvre le chanteur à l’attitude spirituelle que requiert le rite que son chant accompagne ; avant qu’il ne pose un doigt sur le clavier, le silence permet à l’organiste de donner une chance à sa musique d’ouvrir l’assemblée à l’inouï de Dieu ; avant la proclamation de la Parole ou la prière d’une oraison, le silence nous fait déjà écoutants et priants.

Le silence ouvre à l’écoute et tient les cœurs ouverts. C’est là que Dieu se fait entendre et que le silence devient Parole, comme une brise légère où Dieu parle au cœur. Il est urgent de nous en rendre compte. Serge Kerrien Diacre permanent