Mardi 10 novembre 2015

Fragile ? Vulnérable ? Enregistrer au format PDF

Et si de nos fragilités et de nos vulnérabilités nous en faisions des richesses ? La fête de la Toussaint nous rappelle notre fragilité fondamentale et en même temps peut nous faire découvrir ce qui est essentiel dans une vie.

Nos fragilités Nos vulnérabilités Qui que nous soyons, nous sommes fragiles…. nous sommes vulnérables. Si nous pensons le contraire c’est que la vie nous a gâtés ou que nous vivons dans une bulle. Du coup, nous risquons de ne pas bien en-tendre les nouvelles qui nous parviennent jour après jour et de ne pas bien voir les situations qui sont au-tour de nous. Il suffit d’un accroc de santé… d’un deuil…. d’un han-dicap… d’un licenciement qui conduit au chômage… d’un échec dans sa vie personnelle, dans sa vie familiale ou professionnelle et nous voilà désarçonnés, chamboulés. Nous ne comprenons plus. Pourquoi cela m’arrive ? Qu’est-ce qui se passe ? Ce n’est pas juste. Je ne mérite pas cela. Des circonstances condui-sent peu à peu vers le suicide. Nous sommes fragiles sur le plan économique, même dans notre propre région. Les évènements de cet été en témoignent. Et face aux migrants, il est facile de détecter les fragilités à travers les réponses qui sont données.

Fragilités de la société d’aujourd’hui Notre société n’aime pas tout ce qui est fragile, vulné-rable. Pratiquement seule la performance est recon-nue. A certains moments c’est la société à laquelle nous appartenons qui fabrique des fragilités. Si vous ne rentrez pas dans la case prévue, c’est que vous n’êtes pas une personne tout à fait comme les autres. Il ne faut pas trop s’étonner que des enfants ou des jeunes se fragilisent. Certains sont ballotés à droite ou à gauche. A d’autres, un rythme effréné est imposé avec des horaires surprenants parce qu’il faut avoir beaucoup d’activités. L’inactivité apparaît comme du temps perdu. Bienheureuse inactivité qui permet à un enfant ou à un jeune de se construire en créant son occupation et parfois même en rêvant et en s’ennuyant. Et ne parlez pas du « tout internet » et des réseaux mobiles. La réalité est hélas, autre. Et du coup desparents ont honte parce que leur connexion internet est tellement peu viable qu’ils n’arrivent pas à accéder aux informations nécessaires, fournies par l’établissement où leurs jeunes sont scolarisés.

Et si c’étaient nos richesses ? Et si de nos fragilités et de nos vulnérabilités nous en faisions des richesses. « Vous n’avez pas les pieds sur terre » allez-vous dire. Et si nous laissions les personnes fragiles être nos éducateurs, en dérangeant notre bonne conscience. En tous les cas, elles devinent très vite si notre regard est un regard de bienveillance ou un regard qui condamne et exclut.

Les Béatitudes, quel enseignement ? La fête de la Toussaint voudrait nous ouvrir à un avenir. Pour ceux et celles qui entendrons l’Evangile « Des Béatitudes » comme il est appelé, c’est à cela que Jésus veut nous ouvrir. Chacun de nous a ses fragilités, et il est lié à une com-munauté humaine à laquelle il appartient. Cette communauté humaine ne vit que par les relations que les uns et les autres se créent entre eux. Bienheureuse fragilité qui nous aide à comprendre que toute décision doit être prise en fonction de celui qui a le moins de moyens. Bienheureuse fragilité qui ouvre notre cœur à l’attention à l’autre et qu’il nous faudra un cœur miséricordieux. Bienheureuse fragilité qui nous fait comprendre que la paix est un combat qui ne sera jamais fini et que c’est toujours le plus petit qui paie le plus cher. Bienheureuse fragilité qui nous fera regarder notre terre comme un don et qu’il faut la protéger pour qu’elle soit au service de toute l’humanité et non pas de quelques uns pour leur plaisir personnel. Bienheureuse fragilité qui a ce pouvoir de changer notre regard et notre cœur, alors à ce moment-là tout devient possible.

Père Olivier Guitton.