Lundi 23 mai 2016 — Dernier ajout mardi 24 mai 2016

Il n’y a pas d’âge pour être confirmé Enregistrer au format PDF

L’augmentation régulière des confirmands adultes et la stagnation du nombre de jeunes conduisent l’Église à s’interroger sur l’âge opportun de ce sacrement.

Certaines rencontres bouleversent le cours d’une vie. En prison aussi. Détenue pendant plus de quatre ans à la maison d’arrêt de Draguignan (Var), Hélène aurait pu sombrer et ajouter le désespoir à un parcours qui ne l’a pas épargnée.« À 16 ans, j’ai été jetée à la rue, je vivais de petits boulots et de mauvaises fréquentations  », raconte-t-elle, dix-sept ans plus tard. Incarcérée, Hélène doit abandonner sa petite fille, mais elle fait la rencontre du P. Jean-Thierry Charollais, alors aumônier de prison. « Je lui ai expliqué que j’avais la foi depuis l’âge de 12 ans mais que je n’avais jamais reçu de catéchèse. Mes parents ne croyaient pas. » En cellule, la prière libère son esprit, elle ne se sent plus seule. Quand elle sort de prison, Hélène prend un nouveau départ pour la région toulousaine où elle fait la connaissance de Matthieu, qui deviendra son compagnon. « Je me souviens encore de la réaction de ses parents lorsque j’ai révélé mon passé, poursuit-elle. Ils étaient émus et n’ont pas cherché à me juger. Le père de Matthieu se prépare pour le diaconat et il a accepté, avec sa femme, de m’accompagner dans mon initiation chrétienne. Baptisée à Pâques, je recevrai la confirmation, le don de l’Esprit Saint, à la Pentecôte, le 15 mai. »

  De la foi héritée à la foi choisie

Au total, près de 140 adultes confirmands sont attendus cette année dans le diocèse de Toulouse. Ils n’étaient que 77 en 2006. C’est le reflet d’une tendance nationale. En 2015, 6 354 adultes recevaient le baptême, contre 3 891 en 2005, selon le Service national de la catéchèse et du catéchuménat. Quant au nombre total de confirmands en 2015, près de 46 000, il stagne. « La hausse de la demande sacramentelle à l’âge adulte et la baisse parallèle de la réception de sacrement pendant l’enfance sont le signe de cette nouvelle donne d’un passage de la foi héritée à une foi choisie, explique le sociologue Jean-Marie Donegani, professeur à Sciences-Po Paris. La décision de croire est tout à fait en accord avec la donne anthropologique actuelle qui marque le passage d’une logique d’appartenance – on hérite de la foi – à une logique d’identité, dans sa propre quête de sens. » Selon lui, toutes les catégories socioprofessionnelles sont concernées.

  Des confirmands poussés par leurs parents

L’idée que la confirmation doit être donnée à l’adolescence reste répandue dans l’Église de France. Il s’agit pourtant d’une conception récente dans l’histoire du catholicisme. Et si les arguments théologiques en sa faveur ne manquent pas – recevoir l’Esprit Saint à un âge trouble et orageux aiderait à structurer les adolescents –, elle comporte au moins un risque majeur : que les confirmands y soient principalement poussés par leurs parents. Dans de tels cas, ils finissent bien souvent par « disparaître » de la vie paroissiale, cette étape de la vie chrétienne n’ayant pour eux que peu d’importance. Or, la confirmation représente un engagement, elle marque un nouveau départ, non une conclusion.

Conscient du problème, un groupe de travail international composé de spécialistes des questions pastorales a réfléchi au sujet dans un ouvrage publié en 2015 : Confirmation – notes pastorales et propositions de célébrations (éditions CRER). Le livre, porté par l’Association épiscopale liturgique pour les pays francophones, proposait notamment de faire de la préparation à la confirmation pour adultes le modèle de référence pour tous les confirmands.

  Le désir de faire ses « propres choix »

Signe que leur réflexion répond à un vrai besoin, de nombreux adultes qui demandent la confirmation sont d’anciens adolescents ayant refusé ce sacrement. Honorine, ingénieure de 33 ans à Compiègne (Oise), se souvient par exemple avoir effectué, vers dix ans, sa première communion « parce que j’allais au caté avec les copines, et que ça semblait alors évident de le faire. Je ne m’étais pas posé la question de savoir si je croyais en Dieu  ». Mais à 15 ans, elle refuse la confirmation par désir de faire ses « propres choix  ».Elle ne rompt pourtant pas avec la foi : « Je priais tous les soirs, c’était un besoin. Je récitais souvent le Notre Père, remerciais Dieu pour ce qui m’était arrivé dans la journée.  » Parce qu’elle ressentait un manque spirituel, parce qu’elle sait aujourd’hui que ses convictions chrétiennes constituent un vrai choix de sa part, elle a décidé, au début de l’année, de se préparer à la confirmation.

  Une pause et les aléas de l’existence

Fabien, 35 ans, ne souhaitait pas non plus, lorsqu’il était collégien, « suivre le mouvement  » et faire sa confirmation dans son établissement catholique« comme tout le monde ». « Je n’avais pas non plus le sentiment d’avoir réfléchi à la question  », remarque-t-il. Et il était sceptique à l’égard du dogme de l’Immaculée conception. Il se prépare pourtant à recevoir la confirmation dans quelques jours. Pour quelle raison ? « Parce que j’ai pris vingt ans dans l’intervalle  », sourit-il. En 2013, il s’est marié et a décidé de quitter son emploi à Castres pour travailler à son compte en Corrèze, en tant qu’expert-comptable. « Puis ma femme a eu des problèmes de santé et mon frère des soucis financiers. Tout cela m’a fait penser différemment. J’ai cherché un sens à ce que je faisais, au-delà de l’argent. Aujourd’hui, mon cabinet tourne bien et je me prépare à être papa en juin. Tout va bien ! » Le refus de certains adolescents de recevoir leur confirmation n’est donc en rien rédhibitoire, c’est souvent une « pause » dans un cheminement spirituel façonné par les aléas de l’existence.

  Comprendre réellement ce sacrement

La qualité de la préparation peut aussi avoir une influence sur la décision des adolescents. Edwige, 42 ans, confirmée depuis dix ans, n’avait pas voulu recevoir la confirmation à 14 ans à cause de la mentalité de ses camarades préparant ce sacrement : « Ils ne le faisaient que pour satisfaire leurs parents ou grands-parents, ou pour la fête que cela impliquait après la cérémonie. Ils parlaient du restaurant dans lequel ils déjeuneraient ou des cadeaux qu’ils recevraient…  » Estimant que cette préparation manquait de sens, elle a refusé de la poursuivre.« Je ne voulais pas recevoir ce sacrement sans le comprendre réellement  », estime cette Brestoise, actuellement en recherche d’emploi. Ses parents, croyants et« très à l’écoute », ont compris son choix, lui précisant simplement qu’elle croiserait certainement dans le futur des croyants lui donnant envie de s’engager vers la confirmation. « Je les remercie d’avoir accepté mon choix. Si j’avais reçu la confirmation à l’époque, je n’en aurais gardé aucun souvenir. »

Pierre Wolf-Mandroux et Hugues-Olivier Dumez Source La Croix 07 mai 2016

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