Dimanche 9 mars 2014

Le Carême intérieur des catholiques français Enregistrer au format PDF

Alors que s’ouvre mercredi 5 mars la période de quarante jours précédant Pâques, livrets, carnets et autres « kits de Carême   » se multiplient sur les étals des librairies comme sur Internet.

Les catholiques manifestent un besoin accru d’être accompagnés personnellement pour redonner du sens à leur ascèse.

« Je veux que ma relation à Dieu soit différente. Mais pour cela, j’ai besoin d’aide ». Alors qu’elle entre dans la longue préparation vers Pâques, Marie Gillouard, soliste dans la chorale gospel Picpulse à Paris, entend « vivre différemment ce Carême   ». Rompre avec ses habitudes, dans sa vie quotidienne comme dans sa vie spirituelle. Pendant quelques années, cette jeune juriste en entreprise a trouvé en librairie des livrets qui l’ont accompagnée, comme ce « Carême   pour les cancres », avant de devenir une inconditionnelle du fascicule conçu par son réseau de jeunes. « Chaque année, les ventes augmentent grâce à Internet et au bouche-à-oreille. Nous recevons même des commandes d’outre-mer », assure-t-elle.

Ponctué d’extraits du livre de Benoît XVI sur Jésus, rythmé par des explications sur le jeûne et la prière, le carnet de Carême   des franciscains du couvent de Cholet (Maine-et-Loire) rencontre un même engouement. Tiré à un millier d’exemplaires, il est déjà presque épuisé.

« Les catholiques ne se contentent plus de l’homélie du dimanche, ils ont le désir d’approfondir leur foi, de prendre au sérieux leur vie spirituelle, constate le F. Jean-François Marie, 33 ans. Ce qui me frappe, c’est le besoin d’aller au-delà de “je me prive de chocolat” ».

Les diocèses cherchent à accompagner au plus près la soif spirituelle des catholiques

Alors que le Carême   s’ouvre mercredi 5 mars, ces discrets compagnons de route se déclinent sous toutes les formes, selon les communautés et les diocèses. Avec un franc succès. « L’idée est d’inciter les fidèles à faire des efforts qui les aident à renouveler leur vie spirituelle, à expérimenter la même chose mais de manière différente, de l’intérieur », poursuit le F. Jean-François.

Conçue pour favoriser une prière quotidienne inspirée de la liturgie des heures, la première édition du hors-série de Prions en Église « Carême   2014 », s’est ainsi déjà vendue en librairie à 4 000 exemplaires. Et un second livret conçu par le mensuel du groupe Bayard (éditeur de La Croix) a été largement acheté par les paroisses.

Ces outils d’accompagnement personnalisé seraient-ils en train de prendre le pas sur les traditionnels bols de riz et conférences de Carême   ? « J’ai l’impression que les catholiques ont besoin d’une initiation à la spiritualité, et moins d’interventions magistrales », avance Sophie de Villeneuve, rédactrice en chef de Croire.com, qui propose un parcours en ligne sur les pas de grandes figures de la charité – Jean Vanier, Mère Teresa, le P. Wrezinski… Les diocèses cherchent d’ailleurs eux aussi à accompagner au plus près la soif spirituelle des catholiques.

La pratique de la « retraite à domicile » ne cesse de s’étendre

Le succès rencontré par le Carême   à domicile, diffusé depuis trente-cinq ans par le diocèse de Metz, a toujours dépassé les frontières de la Moselle. « Des particuliers et parfois des diocèses nous commandent depuis longtemps de grosses quantités de nos livrets », fait valoir Jean-Louis Paccoud, diacre et responsable du magazine Église de Metz.

À Sens-Auxerre, la « retraite à domicile », sous la forme de trois rencontres en petits groupes, est aussi une institution ancienne. « Des petits groupes se forment spécialement pendant le Carême  , les anciens y sont très habitués », remarque le Frère Marie-Benoît Bastier, du service de la formation permanente.

Souvent inspirée de la spiritualité ignatienne, qui a trouvé son plus grand avocat en la personne du pape François, la pratique ne cesse de s’étendre : un « kit Carême   » est consacré à la relecture des Actes des apôtres à Beauvais, au baptême à Laval, et, à Rennes, les séminaristes ont bâti à la demande de l’évêque un livret à partir de textes de Jean-Paul II

Carême   « dans la vie »

À Prailles (Deux-Sèvres), les bénédictines qui proposaient ces dernières années un Carême   en ligne perçoivent aussi ce besoin des croyants d’être « pris par la main ». « Un quadra, bobo parisien, qui avait suivi notre parcours en ligne, il y a cinq ans, est venu pour la première fois cette année passer trois jours de retraite à l’abbaye. Il reconnaissait n’avoir finalement jamais vécu de Carême   et nous demandait comment faire, raconte l’abbesse, Mère Marie. À nous de fournir des outils, ces “instruments des bonnes œuvres” dont parle la règle de saint Benoît, pour remettre sur les rails ceux qui ont décroché ou manqué d’initiation chrétienne… Ensuite, ils marchent tout seuls ».

Aujourd’hui, si la faveur des catholiques va aux initiatives privilégiant l’accompagnement, l’investissement demandé est variable. Ainsi, pour ceux qui ne peuvent consacrer cinq jours à une retraite, l’association des Chemins ignatiens propose un Carême   « dans la vie » à Saint-Nazaire. À raison d’une soirée par semaine, 18 personnes se retrouvent pour un enseignement sur la spiritualité ignatienne et un accompagnement individuel. Une « occasion de clarifier les choses en soi », résume Yvette Chauty, responsable de la communication.

« Piqûre de rappel »

Mais dans une société du temps morcelé, où les moments pour se poser se font rares, les catholiques ont aussi besoin d’outils à portée de main où qu’ils se trouvent, dans le métro, une salle d’attente, un parc… Ce qui explique notamment la multiplication des Carêmes sur Internet : 80 000 inscrits au Carême   dans la ville des dominicains, 22 000 à celui de Croire.com, du groupe Bayard… « Ce format correspond bien à la vie bousculée des internautes, ils peuvent s’arrêter quand ils veulent et le temps qu’ils veulent », remarque le frère Thierry Hubert, dominicain du couvent de Lille.

Ancienne cadre infirmier engagée dans de multiples bénévolats, de l’aumônerie des prisons aux visites de malades, Marie-Claude Paris, 66 ans, vit d’une toute autre manière ces 40 jours depuis qu’elle a découvert, il y a une dizaine d’années, le Carême   dans la ville. « Je suis une femme extrêmement pragmatique. Ma priorité, c’est l’aide aux autres, mais justement, la méditation quotidienne me permet de me recentrer, d’aller plus profondément en moi et en Dieu », reconnaît-elle.

Chaque matin, lorsqu’elle allume son ordinateur, elle apprécie cette « piqûre de rappel » : « Ce mail me recentre immédiatement dans cette démarche intérieure, que je pourrais vite oublier avec les soucis du quotidien ». Anne-Bénédicte Hoffner et Céline Hoyeau

source « journal »La Croix du 4 mars

Des propositions sur le web pour vivre le carême 2014 http://careme.croire.com/2014/fr/accueil http://www.sanctuaires-paray.com/pa… http://www.narthex.fr/news/en-chemi… http://www.caremedanslaville.org hors-série de Prions en Église « Carême 2014 »

Voir en ligne : http://www.la-croix.com/Religion/Ac…