Mardi 26 janvier 2016

Le jeûne Enregistrer au format PDF

Jeûner c’est se priver momentanément de quelque chose qui nous est nécessaire ou très agréable pour se donner le temps de retrouver l’essentiel. « Il est écrit que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute Parole qui vient de la bouche de Dieu. » (Mt 4,4)

Serge Kerrien
Serge Kerrien

« Mais toi, quand tu jeûnes… » (Mt 6, 16-18) La liturgie du mercredi des Cendres nous fait entendre l’évangile de Matthieu où le Christ fait trois recommandations à ses disciples : l’aumône, la prière, le jeûne. La pratique du jeûne très ancienne, elle a été remise à la mode par certains courants. Pour l’Eglise, l’invitation au jeûne revêt un autre aspect dont la longue tradition nous révèle le sens.

 Dans l’Écriture

Il est peu question de jeûne dans l’Ancien Testament. Trois passages y font référence :

  • Lorsque Moïse reçoit la Loi sur la montagne (Exode, 28), ;
  • Lorsque le prophète Joël demande au peuple, de revenir au Seigneur dans le jeûne, les pleurs et les cris de deuil (Jl 2, 12-18) ;
  • Surtout lorsqu’Isaïe qui décrit le jeûne qui plait à Dieu et que ce jeûne consiste d’abord en des œuvres de miséricordes (Is 58, 1-12). Dans les évangiles, peu d’allusions au jeûne sinon lors des tentations de Jésus au désert (Mt 4, 2 ou Lc 4,1-4) et quand Jésus recommande de jeûner en secret. Dans les Actes des Apôtres, le jeûne et la prière précèdent l’imposition des mains et l’envoi en mission de Paul et Barnabé (Ac 13, 3).

 Dans l’histoire de l’Église

On trouve trois types de jeûnes. Dès les débuts de l’Eglise le jeûne du mercredi et du vendredi est institué. Mais, au 9e siècle, ne subsistent que l’abstinence du vendredi et le jeûne du mercredi des cendres et du vendredi saint. Le jeûne comme exercice spirituel de préparation à certains sacrements :

  • Le jeûne pré-baptismal des adultes qui allaient recevoir les sacrements de l’initiation chrétienne ;
  • Le jeûne des pénitents publics avant le pardon de leurs péchés et leur réintégration dans l’Église ;
  • Le jeûne pour les futurs prêtres, quelques jours avant leur ordination.
  • Le jeûne eucharistique, instauré à la fin du 4e siècle. Il consistait à s’abstenir de toute nourriture et boisson entre minuit et le moment de la communion. On voit que ces jeûnes prenaient des sens différents : pénitence pendant le carême   ; attente avant les sacrements ou le jour de Pâques ; préparation à la communion.

  Aujourd’hui

Le jeûne a toujours sa place dans la pratique de l’Église. Même s’il a été assoupli, le jeûne eucharistique existe toujours. Ainsi, l’Église demande aux fidèles de s’abstenir de tout aliment ou boisson au moins une heure avant la communion. Ni l’eau ni les médicaments ne rompent le jeûne. Quant au jeûne recommandé pendant le Carême  , il a pris un tout autre sens. Il ne consiste pas seulement à se priver de nourriture le Mercredi des Cendres et le Vendredi Saint. Il consiste surtout à prendre le temps de réfléchir à notre rapport au monde, aux objets, aux biens de consommation.

Le jeûne consiste surtout à prendre le temps de réfléchir à notre rapport au monde […]

De nos jours, la tentation n’est plus de nous priver de nourriture pour obtenir l’admiration des autres ou une satisfaction personnelle. Elle est peut-être d’afficher une belle voiture, de beaux habits, un train de vie supérieur pour « paraître » aux yeux des hommes. Elle est sans doute aussi de donner plus de temps à des loisirs, à la télévision, à des lectures futiles, au lieu de donner du temps à la parole de Dieu et à sa méditation. Jeûner consiste à faire en nous une opération vérité : où va notre désir ? À quoi donnons-nous de l’importance ? Quelles sont nos intentions profondes ?

La pratique bien comprise du jeûne consistera pour nous, comme le demandait déjà le Seigneur par la voix d’Isaïe, à moins consommer, à respecter la nature, à faire des œuvres de miséricorde, pour se nourrir et s’abreuver de la Parole de Dieu.

Serge Kerrien
Diacre permanent