Vendredi 15 juillet 2016 — Dernier ajout mardi 26 juillet 2016

Les jeunes catholiques : un moteur missionnaire à retardement ? Enregistrer au format PDF

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Le portrait dressé par l’étude sur les jeunes participants aux JMJ de Cracovie fait apparaître un jeune comme les autres, la soif de spiritualité en plus.
Analyse de Nathalie Becquart, xavière, directrice du Service national pour l’évangélisation des jeunes et pour les vocations (à la Conférence des évêques de France), qui a conçu et réalisé cette enquête avec La Vie.

Le profil des JMJistes français n’a quasiment pas changé depuis 2011. Les JMJ restent, sans surprise, un rassemblement de jeunes catholiques héritiers de la foi et déjà engagés dans des activités d’Église. Le pourcentage plus élevé d’enfants de cadres s’explique au moins en partie par un tarif plus élevé qu’à Madrid. Malgré les multiples actions de financement des groupes, malgré le fonds de solidarité   national et toutes les initiatives diocésaines pour que l’argent ne soit pas un frein, le coût des JMJ reste une barrière mentale pour beaucoup… La réalité des inscrits - moins nombreux qu’en 2011 – présente un public plus resserré. Ainsi ceux qui ont déjà participé à des JMJ représentent 23% des inscrits en 2016 contre seulement 15% en 2011. Ce qui explique probablement nombre de résultats, qui les font qualifier par cette enquête de « génération cathos ++ ».

Les chiffres font apparaître en positif les lieux forts de transmission de la foi dans la société et l’Église du XXIe siècle. En premier lieu la famille (99% sont baptisés et 95% ont reçu une éducation religieuse), mais aussi l’enseignement catholique (83 % y ont été scolarisés), le scoutisme, l’aumônerie, la paroisse… L’étude nous montre aussi – et cela correspond à ce que nous observons sur le terrain depuis quelques années – combien ces nouvelles générations ont une très grande soif spirituelle et un rapport à la foi sans doute assez différent de leurs parents ou grands-parents. Façonnés et nourris par des expériences et lieux de socialisation signifiants et porteurs comme les rassemblements, les pèlerinages, les retraites spirituelles et les groupes chrétiens par lesquels ils sont passés, leur porte d’entrée dans la foi au passage à l’âge adulte est aussi et prioritairement personnelle et existentielle. Dans une société troublée, hypersécularisée et plurielle, ils éprouvent qu’il n’est pas facile d’être catholique et de parler de sa foi. Et, poussés à creuser personnellement leur sillon, ils recherchent « l’aventure mystique ». Ainsi ils attendent encore plus des JMJ qu’elles soient « une expérience spirituelle forte » (À 71%, leur première raison d’aller aux JMJ 2016, contre 66% en 2011). Ce passage d’une foi sociologique et familiale à une foi personnelle intégrée n’est pas fini pour beaucoup. Car 66% de ces inscrits à Cracovie disent ne pas prier régulièrement. Et 21% d’entre eux n’ont pas d’activité ecclésiale.

Pour plus de la moitié de ces JMJistes, la foi est déjà une dimension centrale de leur vie. Ils en prennent en compte les dimensions sociales, éthiques, écologiques… Comme la très grande majorité des jeunes de leur génération, ils sont en quête de sens, d’unité, de cohérence et aspirent à changer le monde, mais ne savent pas forcément comment. En phase avec le pape François et les positions de l’Église en différents domaines (en particulier et encore plus fortement qu’en 2011 sur les questions sociales et la priorité aux plus pauvres), ils auront à inventer des manières d’aller à la rencontre de ceux qui sont loin de l’Église. Et sont appelés à concrétiser, à leur retour des JMJ, un engagement missionnaire.

Nathalie Becquart avec La Vie

Voir en ligne : http://www.lavie.fr/