Lundi 2 mai 2016 — Dernier ajout lundi 23 mai 2016

Mgr Stenger et l’écologie Enregistrer au format PDF

Vendredi 29 avril dernier, Mgr Marc Stenger, évêque de Troyes, a pris la parole dans le cadre du Festival Notre-Dame de Lamballe. Cette semaine, consacrée à l’écologie intégrale, a permis à ce dernier de mettre en perspective la foi chrétienne au sein d’un comportement toujours plus écologique de l’Homme.

Mgr Stenger
Mgr Stenger

A la lumière de l’encyclique « Laudato Si  » du Pape François et suite à la parution de l’ouvrage « Planète vie, planète morte : l’heure des choix  » (éd. du Cerf, juin 2005) dirigé par Mgr Marc Stenger, celui-ci a voulu réintroduire un peu d’espérance face au drame écologique actuel. « C’est pour moi toujours important de parler d’écologie. Ce n’est pas seulement la nature qui est en péril mais c’est l’Homme lui-même qui est en danger », a-t-il pris la parole. « Un an après la parution de l’encyclique Laudato Si du Pape François, il s’agit désormais d’approfondir ce texte qui est un événement immense. Cette encyclique s’inscrit dans un cycle d’interrogations qui vient, comme une lumière, éclairer des questions graves sur l’avenir des Hommes. C’est la première fois dans l’Histoire de l’Eglise qu’une encyclique aborde l’avenir de la Terre. C’était auparavant une question pour les spécialistes, elle est devenue aujourd’hui une question pour tous les croyants  ».

Pour l’évêque de Troyes, qui a pris longuement la parole avant d’ouvrir la soirée sur un débat, nous devons avoir « conscience d’être liés à cette Terre  ». « Au fond, c’est une histoire de famille. Cette crise écologique est une crise familiale. Cette Terre est maltraitée et saccagée  », a dénoncé Mgr Marc Stenger. A travers l’encyclique « Laudato Si  », le Pape François invite les chrétiens du monde à une conversion écologique qui doit aller au-delà d’une « simple » meilleure écoute de la planète. Cette conversion écologique doit être vécue comme « un véritable changement de cap dans lequel nous devons assumer nos responsabilités pour sauver notre Maison commune. Ne restons pas indifférents ni aveugles à ce qui arrive à l’Homme ». Mgr Marc Stenger se dit également croire dans les jeunes générations. « Ne les faisons pas tomber dans le piège : celui de créer des besoins pour créer de la consommation. Pourvu qu’ils résistent ! ».

 Des ressources qui s’amenuisent

Pour Jean-Luc Barbo, vice-président de la communauté de communes de Lamballe à l’environnement, « la prise de conscience écologique est montée en puissance depuis ces vingt dernières années. On ne peut plus parler de la sphère économique sans parler de la sphère environnementale ». Cependant, et malgré les efforts entrepris depuis ces dernières décennies, la situation écologique tend à se dégrader, comme en témoigne Dominique Brichon, directeur de l’association Penthièvre Actions. « La Terre vit de plus en plus à crédit sur ses réserves naturelles. Dans trente ans, et cause du gaspillage, nous aurons besoin de deux fois les ressources de la planète si on continue à vivre à ce rythme-là  ». Mgr Marc Stenger a rappelé durant cette soirée que «  les biens terrestres sont au service de tous et pas seulement de quelques-uns. L’Homme est persuadé, à cause des moyens qu’il a, qu’il peut croître indéfiniment. Les premières victimes du dérèglement climatique sont les plus pauvres et les plus faibles  », a-t-il souligné.

Damien Blanchard, président du syndicat des Jeunes Agriculteurs des Côtes-d’Armor, également présent aux côtés de l’évêque de Troyes, a dénoncé les conditions de travail des exploitants. « Une des évolutions majeures de l’agriculture est que nous vivons dans un monde ouvert et volatile, ce qui explique la crise actuelle. Le lait est mal payé en France, mais il l’est tout autant en Argentine !  ». L’objectif du syndicat, dont il en a pris la tête en mars dernier, est d’aider à l’installation les jeunes agriculteurs « dans un modèle viable, vivable et professionnel  ». Pour lui, « la société doit leur faire confiance et leur donner un espace de liberté afin de leur permettre de trouver de nouvelles manières de produire et d’innover  ». Mgr Denis Moutel, évêque du diocèse de Saint-Brieuc, a voulu remercier les intervenants présents autour de la table-ronde. « Bravo d’avoir eu l’audace de vous saisir de cette belle lettre du Pape François. Là, il y a une conscience qui progresse et qui doit continuer à progresser  ».

 Pour aller plus loin

Le paragraphe 160 de l’encyclique «  Laudato Si  » du Pape a particulièrement retenu l’attention de l’évêque de Troyes, Mgr Marc Stenger qui en a fait la lecture à la salle : «  Quel genre de monde voulons-nous laisser à ceux qui nous succèdent, aux enfants qui grandissent ? Cette question ne concerne pas seulement l’environnement de manière isolée, parce qu’on ne peut pas poser la question de manière fragmentaire. Quand nous nous interrogeons sur le monde que nous voulons laisser, nous parlons surtout de son orientation générale, de son sens, de ses valeurs. Si cette question de fond n’est pas prise en compte, je ne crois pas que nos préoccupations écologiques puissent obtenir des effets significatifs. Mais si cette question est posée avec courage, elle nous conduit inexorablement à d’autres interrogations très directes : pour quoi passons-nous en ce monde, pour quoi venons-nous à cette vie, pour quoi travaillons-nous et luttons-nous, pour quoi cette terre a-t-elle besoin de nous ? C’est pourquoi, il ne suffit plus de dire que nous devons nous préoccuper des générations futures. Il est nécessaire de réaliser que ce qui est en jeu, c’est notre propre dignité. Nous sommes, nous-mêmes, les premiers à avoir intérêt à laisser une planète habitable à l’humanité qui nous succédera. C’est un drame pour nous-mêmes, parce que cela met en crise le sens de notre propre passage sur cette Terre  ».

Justine GUILBAUD