Dimanche 4 mars 2012 — Dernier ajout samedi 10 mars 2012

Pas seulement un lion ! Enregistrer au format PDF

L’évangile de Marc s’ouvre au désert, ce lieu dénudé et inhospitalier mais promesse d’une rencontre décisive où se « prépare le chemin du Seigneur  ». C’est là que Jésus vient près de Jean, au bord de l’eau. En 15 versets, Marc nous dévoile autour de l’acte du baptême, l’identité trinitaire de notre Dieu. Ce début de récit est fulgurant car en parlant de Jésus il parle de nous ; il nous plonge dans le projet du Père, à la racine de notre être, de notre vocation.

« Durant quarante jours, il était avec les bêtes sauvages et les anges le servaient ». Ambivalence du lieu : le danger menace tel un lion qui surgit (d’où la figure animale du lion associée à l’évangile de Marc) ; se retrouver seul face à ses démons est un péril. Et cependant, disait Saint-Exupéry, « la beauté du désert c’est qu’il cache un puits quelque part ». Une rencontre bienfaisante avec notre source divine est rendue possible par l’écart et le dénuement.

Le Carême   nous met en situation d’expérimenter le même danger et la même rencontre. Bien avant nous, le silence et la solitude des lieux arides ont attiré les chercheurs de Dieu. Par exemple, les déserts Égypte, de Palestine et de Syrie ont abrité, dès le IVe siècle, une population de moines appelés « les pères du désert ». Antoine, Macaire, Poemen sont les plus connus. Ils nous ont laissé une littérature originale : les apophtegmes. Des sentences courtes teintées d’humour exprimant sobrement la recherche de l’Esprit et son discernement. En voici quelques unes.

  • Un ancien disait : « Priez avec attention, et vous mettrez bientôt de l’ordre dans vos pensées ».
  • Abba [1] Arsène disait : « Si nous cherchons Dieu, il se manifestera à nous, et si nous le retenons, il demeurera près de nous ».
  • Un frère fut un jour loué par tous les autres en présence d’Abba Antoine, mais lorsque l’ancien le mit à l’épreuve, il s’aperçut qu’il ne pouvait pas supporter d’être insulté. Alors abba Antoine lui dit : « Toi, mon frère, tu ressembles à une maison qui possède une porte grande et solide, mais dans laquelle les voleurs pénètrent par toutes les fenêtres ».
  • « Que dois-je faire, Abba Antoine ? » demandait un frère. « N’ayez pas confiance en votre vertu, lui répondit l’ancien. Une fois qu’une chose a été faite, ne vous en inquiétez plus. Maîtrisez votre langue et votre ventre ».
  • Abba Matoès disait : « Mieux vaut un travail léger qui est très long à terminer qu’un dur labeur vite fait ».
  • Un ancien disait : « De même qu’une abeille fabrique du miel partout où elle va, ainsi le moine, où qu’il aille, si c’est pour obéir à la volonté de Dieu, peut toujours répandre la douceur spirituelle des bonnes œuvres ».
  • Abba Poemen disait souvent : « Ce qu’il nous faut, c’est une intelligence en éveil ».
Abbé Jean-Jacques Le Roy

[1Abba signifie Père.

Voir en ligne : Voir d’autres exemple d’apophtègmes