Samedi 21 mai 2016

Place à l’Esprit ! Enregistrer au format PDF

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« Dans le quotidien de nos vies et au-delà du bruit et des rumeurs du monde, il nous faut apprendre à rejoindre le travail de l’Esprit. »

Deux mille ans ont passé depuis cet événement surprenant où de simples pêcheurs de Galilée se mirent à prêcher la résurrection du Crucifié aux foules assemblées à Jérusalem. Après tant d’années, certains s’interrogent parfois sur l’actualité   de l’Esprit Saint ! Pourtant, le jour de la Pentecôte, dans de nombreux diocèses, des jeunes et des adultes, de toutes conditions, reçoivent le sacrement de la confirmation. La promesse du Christ de donner à ses disciples l’Esprit Saint se réalise aujourd’hui envers ceux et celles qui, à leur tour, cherchent à se mettre à la suite du Ressuscité et à en être les témoins. Ainsi, l’évêque, au cours de la célébration, implore dans sa prière : « Comme tu l’as promis, Dieu très bon, répands en eux ton Esprit Saint. » En tous ces confirmés, l’Esprit Saint accomplit ce qu’il a fait le jour de la Pentecôte dans le groupe des apôtres, réunis ensemble (Ac 2, 1). L’Esprit de Dieu, qui a pris possession de l’Église en ce jour, continue inlassablement de renouveler le cœur des baptisés et de les rassembler pour qu’ils forment ensemble le corps du Christ et témoignent de l’Évangile.

Dans le livre des Actes, Luc offre une description riche en images de la venue de l’Esprit Saint. Loin de rester extérieur aux Apôtres, l’Esprit Saint les saisit de l’intérieur comme un vent les entraînant vers le large et un feu brûlant leurs peurs. Les Apôtres découvrent alors cette force qui n’est ni l’effervescence d’un instant, ni un feu de paille : la présence de l’Esprit même de Jésus les conduit, fait d’eux les fils du Père (Rm 8, 14), les libère et leur enseigne tout ce que le Maître leur a laissé (Jn 14, 26). Les nombreux qualificatifs, donnés à l’Esprit Saint dans les trois lectures de la messe de la Pentecôte, se révèlent d’une extraordinaire richesse et invitent toutes les communautés chrétiennes à se « réveiller » et à se dessaisir de toute routine pour développer une conscience vive de ce qui est au cœur de la vie chrétienne : la vie dans l’Esprit !
Saint Jean Eudes, en vaillant missionnaire cherchant à raviver la foi de ses contemporains, écrivait : «  L’Esprit Saint nous a été donné pour être l’esprit de notre esprit, le cœur de notre cœur et l’âme de notre âme, et pour être toujours avec nous et en nous . » [1] Il ne cessera de rappeler que la vie chrétienne, c’est laisser, jour après jour, l’Esprit former ­Jésus en nous.
Souvent nous perdons de vue combien nos efforts de conversion, trop orientés vers tel ou tel aspect matériel, s’écartent de leur finalité profonde : écouter, discerner et laisser place à l’Esprit pour chercher la volonté du Père. Comme l’affirme simplement un grand spirituel orthodoxe : « La véritable fin de la vie chrétienne est l’acquisition de l’Esprit Saint. Quant à ce qui concerne la prière, le jeûne, les veilles, l’aumône et toute autre bonne action faite au nom du Christ, ce ne sont que des moyens pour obtenir l’Esprit Saint  » [2] . Dans le quotidien de nos vies et au-delà du bruit et des rumeurs du monde, il nous faut apprendre à rejoindre le travail de l’Esprit, afin que le Père et le Fils y fassent leur demeure en nous (cf. Jn 14, 23). Déjà tout homme créé à l’image de Dieu est pénétré d’un souffle (Gn 2, 7), d’autant plus tout baptisé et confirmé « a reçu l’Esprit qui a ressuscité Jésus, le Christ d’entre les morts » (Rm 8, 11).
Fêter la Pentecôte, c’est laisser à l’Esprit toute sa place dans nos vies et dans celles de nos communautés… et c’est déjà l’Esprit qui nous l’inspire et nous y invite !

Rendre à l’Esprit toute sa place en nos vies ne signifie pas rester en place, demeurer sur place. Au contraire, un des signes de la présence de l’Esprit est cette liberté profonde qui nous est offerte et nous entraîne sur des chemins nouveaux. « Il n’y a pas de plus grande liberté que de se laisser guider par l’Esprit, en renonçant à tout vouloir calculer et tout contrôler, et de permettre à l’Esprit de nous guider, de nous orienter et de nous conduire là où il veut. » [3

Mgr Luc Crepy
Evêque du Puy-en-Velay

[1] Saint Jean Eudes, Œuvres complètes, II, p. 172
[2] Irina Goraïnoff, Seraphim de Sarov, éd. Desclée de Brouwer, 1995
[3] Pape François, La joie de l’Évangile, § 280.

source : La Croix du 14 mai 2016

Voir en ligne : http://www.la-croix.com/