Jeudi 17 avril 2014

Prier le Rosaire Enregistrer au format PDF

Au cours de ce mois, nous sommes invités à prier Marie avec le chapelet. Lors du pèlerinage diocésain de Lourdes 2012, Serge Kerrien a fait une catéchèse sur le Rosaire.

Historique

Il ne savait ni lire, ni écrire. Et chaque office dans son monastère lui était insupportable. Il restait muet pendant que les autres chantaient les psaumes. Un jour, il eut une idée. Puisqu’il ne pouvait pas prier avec les mots de tout le monde, il prierait à sa manière. La nuit suivante, quand toute la communauté fut endormie, il descendit à la chapelle, enleva son habit de moine et se mit à jongler devant la statue de la Vierge Marie. Il ne savait ni lire ni écrire, mais il savait jongler. Tout son corps devint prière et il offrit à Marie ce qu’il avait de plus beau. Au bout de plusieurs heures, il s’effondra, épuisé, mais le cœur plein du bonheur d’avoir prié enfin avec ce qu’il savait offrir. Désormais, chaque nuit il descendait à la chapelle. La joie de sa prière avait transformé sa vie et ça se voyait. Le Père Abbé finit par soupçonner quelque chose. Il épia son moine et, une nuit, il découvrit le pot aux roses. Le lendemain le pauvre moine se faisait rappeler à l’ordre : sa prière était indigne ; il fallait immédiatement arrêter. Le moine obéit mais quelques jours plus tard, n’y tenant plus, il recommençait son manège. Il ignorait que le Père Abbé l’épiait toujours. Il se décida à intervenir en prenant le moine en flagrant délit. Il allait sortir de sa cachette au moment où le moine s’effondrait en sueur après avoir réalisé son numéro devant la Vierge Marie. Il n’en eut pas le temps : la Vierge venait d’ôter son manteau pour en recouvrir le moine et éviter qu’il prenne froid. Le Père Abbé comprit. Marie lui signifiait que toute forme de prière est belle lorsqu’elle révèle la vérité du cœur.

Pourquoi vous raconter cette histoire du « Jongleur de Notre Dame » ? Parce qu’il y a entre le Rosaire et ce conte d’étonnantes similitudes.

Nous sommes au début du Moyen Age. La vie monastique est en plein essor. Les moines se divisent en deux catégories : les savants, souvent prêtres, connaissent le latin et chantent les psaumes qu’ils savent lire ; les frères lais ne savent ni lire ni écrire, s’occupent des travaux les plus humbles et les plus durs et, à l’office, se contentent d’écouter. Ils connaissent quelques prières, dont le Notre Père. Alors l’idée leur vient de réciter 150 Notre Père à la place des 150 psaumes de l’office monastique. Et pour pouvoir en compter le nombre exact, on invente le chapelet. Ainsi les plus pauvres pouvaient à leur manière et de tout leur cœur, s’unir à la prière de l’Eglise. Au 12e siècle, le « Je vous salue Marie » remplaça le Notre Père. Le Rosaire était né. Sa récitation, divisée en 3 groupes de 50 « Je vous salue Marie », (le chapelet), chaque groupe étant lui-même divisé en 5 groupes de 10 (les dizaines). Trois séries de mystères (joyeux, douloureux, glorieux) concernant Jésus et Marie donnaient le ton à la prière. Au 13e siècle, Saint Dominique rendit le Rosaire très populaire. Jean-Paul II y a ajouté une nouvelle série des mystères lumineux.

Le rosaire n’est pas une pauvre prière

On pourrait, comme le Père Abbé du moine jongleur, trouver que la prière du Rosaire est bien pauvre. Répéter ainsi des « Je vous salue Marie », à quoi cela peut il bien servir ?

On pourrait penser que c’est vraiment la prière pour les nuls ! On aurait tort de considérer ainsi le Rosaire. S’il est la prière créée par les plus pauvres, le Rosaire n’est pas une pauvre prière.

C’est une prière essentiellement contemplative qui par son rythme calme et le temps qu’elle donne, permet au chrétien de méditer les mystères du Seigneur et d’aller ainsi se ressourcer au cœur de la foi.

C’est une prière qui se nourrit de la Parole de Dieu puisque chaque mystère nous renvoie à un passage de l’Evangile que l’on peut lire pour nourrir la méditation.

C’est une prière que l’on peut distribuer au long de la semaine, pour méditer chaque jour l’un ou l’autre des mystères.

Enfin, c’est une prière qui ne s’enferme pas sur elle-même. Elle ne nous enferme pas puisque chaque dizaine peut s’ouvrir aux intentions de prières que notre cœur porte.

Le Rosaire est un chemin

Bien comprise, la prière du Rosaire est un chemin que Marie nous offre et par lequel elle nous conduit à garder dans nos cœurs la Bonne Nouvelle et à la méditer. Elle est un geste de solidarité   qui nous met en lien avec la prière des psaumes, prière de l’Eglise. Chaque grain du chapelet est comme un caillou où poser nos pas sur notre route vers Dieu. Chaque grain est comme un grain d’encens que notre amour de Marie brûle pour Dieu.Bien compris et bien prié, le Rosaire est ce chemin de roses qui nous conduit avec Marie, au mystère de Dieu. Et ce chemin, chacun d’entre nous peut le faire. Le Rosaire n’est pas seulement la prière des humbles, des petits ; il est aussi la prière de ces jours où la fatigue, la maladie, le découragement m’empêchent de trouver les mots de la prière. Les mots me sont alors donnés pour contempler avec Marie le visage du Christ.

Le Rosaire fait de chacun un missionnaire

Enfin, le Rosaire est une prière qui fait de chacun un missionnaire, même s’il est cloué au lit par la maladie ou le handicap. Et je pense à vous, frères et sœurs malades ou handicapés. Vous pouvez avoir l’impression d’être inutiles, de ne plus servir à rien.

Pourtant, votre prière est indispensable ; notre Eglise a besoin de vous ; vos communautés ont besoin de votre prière. Vous pouvez dire le chapelet et, alors, être solidaires de vos frères chrétiens, de votre paroisse, de la prière de l’Eglise. Quelle que soit notre situation, nous pouvons toujours communier aux hommes et aux femmes de notre temps, porter leurs joies, leurs espérances et leurs souffrances et annoncer, comme Marie, que le salut est donné à tous.

Prière du pauvre, le Rosaire ne saurait être une pauvre prière. Bouquet de roses, buisson de lumière, il illumine nos vies de la bonne odeur de l’amour de Dieu. Il fait de nous les fleuristes de la Bonne Nouvelle.

Amen. Serge Kerrien