Changement de point de vue dans notre société Enregistrer au format PDF

Dimanche 30 décembre 2018
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La précarité a des conséquences funestes. L’homme en est réduit à une fonction de consommateur. Le pape François rappelle que l’argent doit « servir » au bien commun.

Écart pauvreté-richesse plus criant

Toutefois, il y a lieu de reconnaître que la plupart des hommes et des femmes de notre temps continuent de vivre dans une précarité quotidienne aux conséquences funestes : la peur et la désespérance saisissent les cœurs de nombreuses personnes. Même dans les pays dits riches, la joie de vivre s’amenuise, l’indécence et la violence prennent de l’ampleur et la pauvreté devient plus criante. Il faut lutter pour vivre, et pour vivre souvent indignement.

Argent, quelle place ?

L’une des causes de cette situation, à mon avis, se trouve dans le rapport que nous entretenons avec l’argent et dans notre acceptation de son empire sur nos êtres et nos sociétés.  La crise financière que nous traversons nous fait oublier son origine première située dans une profonde crise anthropologique, dans la négation de la primauté de l’homme. On s’est créé des idoles nouvelles au visage nouveau et impitoyable dans le fétichisme de l’argent et dans la dictature de l’économie sans visage ni but vraiment humain. La crise mondiale réduit l’homme à une seule de ses nécessités : la consommation. Et pire encore, l’être humain est considéré aujourd’hui comme étant lui-même un bien de consommation qu’on peut utiliser puis jeter. La solidarité, qui est le trésor du pauvre, est souvent considérée comme contre-productive, contraire à la rationalité financière et économique.  L’endettement et le crédit éloignent les pays de leur économie réelle et les citoyens de leur pouvoir d’achat réel. À cela s’ajoute, si besoin en est, une corruption tentaculaire et une évasion fiscale égoïste qui ont pris des dimensions mondiales. La volonté de puissance et de possession est devenue sans limite.

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Où est l’éthique ?

Derrière cette attitude se cache le refus de l’éthique, le refus de Dieu. Tout comme la solidarité, l’éthique dérange. L’éthique - une éthique non idéologique naturellement - permet, à mon avis, de créer un équilibre et un ordre social plus humains. En ce sens, j’encourage les maîtres financiers et les gouvernants à considérer les paroles de Saint Jean Chrysostome : « Ne pas faire participer les pauvres à ses propres biens, c’est les voler et leur enlever la vie. Ce ne sont pas nos biens que nous détenons, mais les leurs ».

L’argent doit servir et non pas gouverner !

Le Pape aime tout le monde : les riches comme les pauvres. Mais le Pape a le devoir, au nom du Christ, de rappeler au riche qu’il doit aider le pauvre, le respecter, le promouvoir. Le Pape appelle à la solidarité désintéressée et à un retour de l’éthique pour l’humain, dans la réalité financière et économique.

Le bien commun

Le bien commun ne devrait pas être un simple ajout, un simple schéma conceptuel de qualité inférieure inséré dans les programmes politiques. J’encourage les gouvernants à être vraiment au service du bien commun de leurs populations. J’exhorte les dirigeants des entités financières à prendre en compte l’éthique et la solidarité. Et pourquoi ne se tourneraient-ils pas vers Dieu pour s’inspirer de ses desseins ? Il se créera alors une nouvelle mentalité politique et économique qui contribuera à transformer l’absolue dichotomie entre les sphères économique et sociale en une saine cohabitation. […]

Pape François Extrait du discours aux ambassadeurs 16/05/13