Dimanche de la Divine Miséricorde Enregistrer au format PDF

Dimanche 8 avril 2018 — Dernier ajout lundi 9 avril 2018
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Le dimanche après Pâques est le Dimanche de la Miséricorde. C’est Jean Paul II qui institua cette fête en 2000 le jour de la canonisation de Sainte Faustine. Le Christ lui avait dit « La Fête de la Miséricorde est issue de mes entrailles, je désire qu’elle soit fêtée solennellement le premier dimanche après Pâques ».

C’est le Christ lui-même, lors de ses apparitions Sainte Faustine Kowalska (1905-1938), qui demanda à faire connaitre au monde la profondeur de sa miséricorde, et que celle-ci soit honorée par toute l’Eglise, le premier dimanche après Pâques, autrement appelé dimanche de Saint Thomas. « Je désire que la fête de la Miséricorde soit le recours et le refuge pour toutes les âmes, et surtout pour les pauvres pécheurs. En ce jour les entrailles de ma miséricorde sont ouvertes, je déverse tout un océan de grâces sur les âmes qui s’approcheront de la source de ma miséricorde ; toute âme qui se confessera et communiera recevra le pardon complet de ses fautes et la remise de leur punition ; en ce jour sont ouvertes toutes les sources divines par lesquelles s’écoulent les grâces », a promis le Christ, selon ce que rapporte la religieuse polonaise dans son journal.

Saint Jean-Paul II et la Miséricorde de Dieu

Et c’est en 1985 que cette fête fut instituée par le Cardinal Franciszek Macharski, pour le diocèse de Cracovie. Elle fut ensuite étendue à l’ensemble de la Pologne, par le Saint Pape Jean-Paul II, sur requête des évêques du pays.

Le Pape polonais, marqué par les enseignements de sa compatriote Sainte Faustine, s’avéra lui-même être un ardent apôtre de l’insondable miséricorde de Dieu, affirmant qu’elle était la clé de lecture privilégiée de son pontificat.

C’est encore Jean-Paul II, à l’occasion de la canonisation de Sainte Faustine, le 30 avril 2000, qui étendit cette fête à l’Eglise universelle.

Sa mort, le soir des vêpres de la Divine Miséricorde (2 avril 2005), sa béatification (1er mai 2011), et sa canonisation (27 avril 2014), soit deux dimanches de la Miséricorde, confirmèrent, en quelque sorte, ce qui fut le fil conducteur de sa vie et de sa profonde spiritualité.

Le Pape François, « Pape de la Miséricorde »

Dès son accession au trône de Pierre, la volonté du Pape François de placer la Divine Miséricorde au centre de son pontificat a été particulièrement manifeste, que l’on se réfère à sa devise même, -miserando atque eligando-, à ses prises de parole sur le sujet, à ses nombreux gestes de compassion envers les plus faibles, et enfin, à sa décision de convoquer une année jubilaire de la Miséricorde, en 2015-2016. Une année riche, qui a permis, selon le Pape, de rappeler le primat de la miséricorde sur la Loi, l’urgence et la nécessité d’en faire le pivot de toute l’action pastorale de l’Eglise. « La Miséricorde, écrivait-il dans sa lettre apostolique Misericordia et Misera, publiée au terme de l’année jubilaire, ne peut être une parenthèse dans la vie de l’Eglise, mais elle en constitue l’existence même, qui rend (…) tangible la vérité profonde de l’Évangile ».

L’année jubilaire est terminée, mais la miséricorde reste, et doit imprégner la conversion pastorale que tous les croyants sont appelés à vivre : tel était, en substance, le message de cette lettre.

Soutien du Pape émérite à la ligne François sur la Miséricorde

Dans un entretien accordé au théologien jésuite Jacques Servais,-contenu dans les actes d’un colloque théologique organisé en octobre 2015 à Rome-, le Pape émérite Benoît XVI apportait son soutien à cette ligne bergoglienne, et soulignait la centralité prophétique de la miséricorde : « pour moi l’idée que la miséricorde devienne de plus en plus centrale et dominante est un signe des temps ». Pour Benoît XVI, les hommes sont en attente de miséricorde. « (…) Dans leur for intérieur, (ils) attendent que le samaritain vienne à leur secours, qu’il se penche sur eux, verse de l’huile sur leurs blessures, prenne soin d’eux et les mette à l’abri. Au fond, ils savent qu’ils ont besoin de la miséricorde de Dieu et de sa délicatesse », assurait-il encore.

Les missionnaires de la Miséricorde

Cette année, plus de 550 missionnaires de la Miséricorde provenant des 5 continents sont attendus à Rome, pour leur seconde rencontre avec le Saint-Père, deux ans après l’institution de ce ministère, précisément à l’occasion du Jubilé de la Miséricorde. Au cours des prochains jours, ils écouteront des catéchèses, témoigneront de leur activité pastorale, et célèbreront le Sacrement de la Réconciliation, qui est au cœur de la mission que leur a confiée le Souverain Pontife. Ce dernier les rencontrera mardi 10 avril, au Vatican, avant de présider une messe, en la Basilique Saint-Pierre.

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DIMANCHE 8 avril 2018 HOMELIE DU PAPE FRANCOIS

Dans l’Evangile de ce jour, le verbe voir revient plusieurs fois : « Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur » ( Jn 20, 20). Ils dirent ensuite à Thomas : « Nous avons vu le Seigneur » (v.25). Mais l’Evangile ne décrit pas comment ils l’ont vu, il ne décrit pas le Ressuscité, il met seulement en évidence un détail : « Il leur montra ses mains et son côté » (v. 20). L’Evangile semble vouloir nous dire que les disciples ont reconnu Jésus ainsi : par ses plaies. La même chose est arrivée à Thomas : lui aussi voulait voir « dans ses mains la marque des clous » (v. 25) et croire après avoir vu (v. 27).

Malgré son incrédulité, nous devons remercier Thomas car il ne s’est pas contenté d’entendre dire par les autres que Jésus était vivant, ni même de le voir en chair et en os ; mais il a voulu voir dedans , toucher de la main ses plaies, les signes de son amour. L’Evangile appelle Thomas « Didyme » (v. 24), ce qui veut dire jumeau , et, en cela, il est vraiment notre frère jumeau. Car il ne nous suffit pas non plus de savoir que Dieu existe : un Dieu ressuscité mais lointain ne remplit pas notre vie ; un Dieu distant ne nous attire pas, même s’il est juste et saint. Non, nous avons besoin, nous aussi, de “voir Dieu”, de toucher de la main qu’il est ressuscité, et ressuscité pour nous.

Comment pouvons-nous le voir ? Comme les disciples : à travers ses plaies. En regardant ces plaies, ils ont compris qu’il ne les aimait pas pour plaisanter et qu’il les pardonnait même s’il y en avait un parmi eux qui l’avait renié et qui l’avait abandonné. Entrer dans ses plaies, c’est contempler l’amour démesuré qui déborde de son cœur. Voilà le chemin ! C’est comprendre que son cœur bat pour moi, pour toi, pour chacun de nous. Chers frères et sœurs, nous pouvons nous estimer et nous dire chrétiens, et parler de nombreuses belles valeurs de la foi, mais, comme les disciples, nous avons besoin de voir Jésus en touchant son amour . C’est seulement ainsi que nous allons au cœur de la foi et, comme les disciples, nous trouvons une paix et une joie (cf. vv. 19-20) plus fortes que tout doute.

Thomas s’est exclamé après avoir vu les plaies du Seigneur : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » (v. 28). Je voudrais attirer l’attention sur cet adjectif que Thomas répète : mon . C’est un adjectif possessif et, si nous y réfléchissons bien, il pourrait sembler déplacé de le référer à Dieu : Comment Dieu peut-il être à moi ? Comment puis-je faire mien le Tout Puissant ? En réalité, en disant mon nous ne profanons pas Dieu, mais nous honorons sa miséricorde, parce que c’est lui qui a voulu se “faire nôtre”. Et nous lui disons, comme dans une histoire d’amour : “Tu t’es fait homme pour moi , tu es mort et ressuscité pour moi , et donc tu n’es pas seulement Dieu, tu es mon Dieu , tu es ma vie . En toi j’ai trouvé l’amour que je cherchais, et beaucoup plus, comme jamais je ne l’aurais imaginé”.

Dieu ne s’offense pas d’être “nôtre”, car l’amour demande de la familiarité, la miséricorde demande de la confiance. Déjà, au début des dix commandements, Dieu disait : « Je suis le Seigneur ton Dieu » ( Ex 20, 2) et il confirmait : « Moi le Seigneur ton Dieu , je suis un Dieu jaloux » (v. 5). Voilà la proposition de Dieu, amoureux jaloux qui se présente comme ton Dieu . Et du cœur ému de Thomas jaillit la réponse : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». En entrant aujourd’hui, à travers les plaies, dans le mystère de Dieu, nous comprenons que la miséricorde n’est pas une de ses qualités parmi les autres, mais le battement de son cœur même. Et alors, comme Thomas, nous ne vivons plus comme des disciples hésitants, dévots mais titubants ; nous devenons, nous aussi, de vrais amoureux du Seigneur ! Nous ne devons pas avoir peur de ce mot : amoureux du Seigneur.

Comment savourer cet amour, comment toucher aujourd’hui de la main la miséricorde de Jésus ? C’est encore l’Evangile qui nous le suggère lorsqu’il souligne que, le soir même de Pâques (cf. v. 19), c’est-à-dire à peine ressuscité, Jésus, avant toute chose, donne l’Esprit pour pardonner les péchés . Pour faire l’expérience de l’amour, il faut passer par là : se laisser pardonner. Se laisser pardonner. Je me demande, ainsi qu’à chacun d’entre vous : est-ce que moi, je me laisse pardonner ? Pour faire l’expérience de cet amour, il faut passer par là. Est-ce que je me laisser pardonner, moi ? ‘‘Mais, mon Père, aller se confesser semble difficile…’’. Face à Dieu, nous sommes tentés de faire comme les disciples dans l’Evangile : nous barricader, les portes fermées. Ils le faisaient par crainte, et, nous aussi, nous avons peur, honte de nous ouvrir et de dire nos péchés. Que le Seigneur nous donne la grâce de comprendre la honte , de la voir non pas comme une porte fermée, mais comme le premier pas de la rencontre. Quand nous éprouvons de la honte, nous devons être reconnaissants : cela veut dire que nous n’acceptons pas le mal, et cela est bon. La honte est une invitation secrète de l’âme qui a besoin du Seigneur pour vaincre le mal. Le drame c’est quand on n’a plus honte de rien. N’ayons pas peur d’éprouver de la honte ! Et passons de la honte au pardon ! N’ayez pas peur d’éprouver de la honte ! N’ayez pas peur ! 2 Il y a, en revanche, une porte fermée face au pardon du Seigneur, celle de la résignation . La résignation est toujours une porte fermée. Les disciples en ont fait l’expérience qui, à Pâques, constataient amèrement que tout était redevenu comme avant : ils étaient encore là, à Jérusalem, découragés ; le “chapitre Jésus” semblait clos, et après tant de temps passé avec lui, rien n’avait changé ; résignons-nous ! Nous aussi nous pouvons penser : “Je suis chrétien depuis si longtemps, et pourtant rien ne change en moi, je commets toujours les mêmes péchés”. Alors, découragés, nous renonçons à la miséricorde. Mais le Seigneur nous interpelle : “Ne crois-tu pas que ma miséricorde est plus grande que ta misère ? Tu récidives en péchant ? Récidive en demandant la miséricorde, et nous verrons qui l’emportera ! ” Et puis – celui qui connaît le Sacrement du pardon le sait – il n’est pas vrai que tout reste comme avant. A chaque pardon nous sommes ragaillardis, encouragés, car nous nous sentons à chaque fois plus aimés, davantage embrassés par le Père. Et quand, aimés, nous retombons, nous éprouvons davantage de souffrance qu’avant. C’est une souffrance bénéfique qui lentement nous éloigne du péché. Nous découvrons alors que la force de la vie, c’est de recevoir le pardon de Dieu et d’aller de l’avant, de pardon en pardon. Ainsi va la vie : de honte en honte, de pardon en pardon. C’est cela la vie chrétienne !

Après la honte et la résignation, il y a une autre porte fermée, blindée parfois : notre péché , le même péché. Quand je commets un gros péché, si moi, en toute honnêteté, je ne veux pas me pardonner, pourquoi Dieu devrait-il le faire ? Mais cette porte est verrouillée seulement d’un côté, le nôtre ; pour Dieu elle n’est jamais infranchissable.

Comme nous l’apprend l’Evangile, il aime, justement, entrer “les portes étant fermées” – nous l’avons entendu –, quand tout passage semble barré. Là, Dieu fait des merveilles. Il ne décide jamais de se séparer de nous, c’est nous qui le laissons dehors. Mais quand nous nous confessons il se produit une chose inouïe : nous découvrons que précisément ce péché qui nous tenait à distance du Seigneur devient le lieu de la rencontre avec lui. Là, le Dieu blessé d’amour vient à la rencontre de nos blessures. Et il rend nos misérables plaies semblables à ses plaies glorieuses. Il y a une transformation : ma misérable plaie ressemble à ses plaies glorieuses. Car il est miséricorde et fait des merveilles dans nos misères. Comme Thomas, demandons aujourd’hui la grâce de reconnaître notre Dieu : de trouver dans son pardon notre joie, de trouver dans sa miséricorde notre espérance.