En la mémoire du saint Curé d’Ars, le Pape remercie les prêtres Enregistrer au format PDF

Vendredi 9 août 2019 — Dernier ajout dimanche 11 août 2019
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À l’occasion des 160 ans de la mort de saint Jean-Marie Vianney, le Curé d’Ars présenté par Pie XI comme le patron de tous les curés du monde, le Pape adresse une lettre à tous ses « frères prêtres » pour leur exprimer sa reconnaissance et les encourager dans ce « temps de purification de l’Église » qui les met à l’épreuve mais qui seront, dans un avenir proche, « très féconds », s’ils restent fidèles à la volonté de Dieu.

En la mémoire liturgique du saint Curé d’Ars, le Pape manifeste dans une lettre sa proximité à « ses frères » qui, « sans faire de bruit », ont « tout quitté » pour s’engager auprès de leurs communautés, travaillant « dans la tranchée » en y prenant des risques quotidiennement et « sans se donner trop d’importance » pour prendre soin du Peuple de Dieu. Le Pape s’adresse à chacun d’eux « qui, si souvent, de manière inaperçue et sacrifiée, dans la lassitude ou la fatigue, la maladie ou la solitude », assument leur mission et écrivent « les pages les plus belles de la vie sacerdotale ».

La lettre du Saint-Père s’articule autour de quatre mots : souffrance, gratitude, courage et louange.

La souffrance des victimes d’abus ; temps de purification pour l’Église

La « souffrance » est d’abord celle des « frères victimes d’abus » de pouvoir, de conscience et sexuel de la part de ministres ordonnés. Leur « cri » s’est fait entendre ces derniers temps avec « davantage de clarté », eux qui furent souvent « silencieux et réduits au silence ».

Le Pape rappelle le ferme engagement de l’Église pour mettre en œuvre les réformes nécessaires afin que « la culture de l’abus ne trouve pas d’espace pour se développer et, encore moins, se perpétuer ». Il rejette l’omission qui fut, par le passé, une forme de réponse ; « nous souhaitons aujourd’hui que la conversion, la transparence, la sincérité et la solidarité avec les victimes deviennent notre manière de faire l’histoire ».

Cette souffrance n’est pas indifférente aux prêtres. Le Pape évoque leur « indignation » et souligne leur sentiment d’impuissance. « La souffrance qu’engendrent la suspicion et la remise en cause a pu provoquer, chez quelques-uns ou beaucoup, le doute, la peur et le manque de confiance ». François salue également la mobilisation de certains pasteurs qui « cherchent des mots et des chemins d’espérance ».

Sans nier, ni rejeter le dommage causé par quelques-uns, le Pape estime qu’il serait « injuste de ne pas être reconnaissant pour tant de prêtres qui, de manière constante et honnête, donnent tout ce qu’ils sont et ce qu’ils possèdent pour le bien des autres ». Ces prêtres, innombrables, qui font de leur vie une œuvre de miséricorde, dans des conditions souvent inhospitalières, même au risque de leur propre vie. « Dans des moments de trouble, de honte et de souffrance », le Pape salue et apprécie leur exemple courageux et constant.

Si les prêtres restent fidèles à la volonté de Dieu, ces temps de purification seront féconds dans un avenir proche, assure François. Le Seigneur est « en train de nous sauver de l’hypocrisie et de la spiritualité des apparences. Il souffle son Esprit pour redonner la beauté à son Epouse, surprise en flagrant délit d’adultère ».

« Notre humble repentir, qui reste silencieux, dans les larmes, face à la monstruosité du péché et à l’insondable grandeur du pardon de Dieu, est le début de notre sainteté », écrit le Pape à ses frères prêtres.

La reconnaissance, une « arme puissante »

Dans les moments « de tribulation, de fragilité (…) de faiblesse et de manifestation de nos limites, quand la pire de toutes les tentations est de rester à ruminer le désespoir », le Pape invite les prêtres -et c’est selon lui « crucial »- à revenir à ce « moment lumineux » où ils ont fait l’expérience de l’appel du Seigneur ; « ce point incandescent où la grâce de Dieu m’a touché au début du chemin » ; l’étincelle à laquelle chacun peut allumer le feu quotidien et « porter chaleur et lumière » à ses frères.

Il ne faut pas perdre, écrit-il, la mémoire reconnaissante du passage du Seigneur dans leur vie, la mémoire de son regard miséricordieux pour, à leur tour, en témoigner. Le « Oui » à l’appel de Dieu a une portée dont l’importance est inconcevable.

La reconnaissance est toujours une ‘arme puissante’, explique le Pape. « Ce n’est qu’en étant à même de contempler et d’apprécier concrètement tous les gestes d’amour, de générosité, de solidarité et de confiance, ainsi que de pardon, de patience, d’endurance et de compassion avec lesquels nous avons été traités que nous laisserons l’Esprit nous offrir cet air frais capable de renouveler (et non de rapiécer) notre vie et notre mission ».

Les remerciements du Pape aux prêtres

Le Pape prend là un long moment pour remercier les prêtres, pour leur fidélité aux engagements pris, alors que la société et la culture actuelle a transformé ‘le superficiel’ en valeur ; pour la joie avec laquelle ils ont donné leur vie, luttant pour que leur cœur ne s’aigrisse pas mais au contraire s’élargisse avec les années.

François les remercie de leur effort pour renforcer les liens de fraternité et d’amitié entre eux et avec leurs évêques, en se soutenant mutuellement. Rire, pleurer ensemble pour encourager un frère à assumer ses responsabilités ou profiter de sa sagesse. « Combien sont nécessaires ces espaces ! » s’exclame François.

Le Pape salue leur témoignage de persévérance et d’endurance dans l’engagement pastoral. Il les remercie de célébrer l’Eucharistie et « de faire paître avec miséricorde dans le sacrement de la réconciliation, sans rigorisme, ni laxisme, en prenant en charge les personnes et en les accompagnant sur le chemin de conversion vers la vie nouvelle que le Seigneur offre à tous ». Le Pape se réjouit pour toutes les fois « où, en vous laissant émouvoir jusqu’aux entrailles, vous avez accueilli les personnes tombées, soigné leurs blessures en donnant de la chaleur à leurs cœurs ». Pour lui, rien n’est plus urgent que cette proximité.

Le cœur du pasteur est celui qui a appris « la saveur spirituelle de se sentir un avec son peuple » dont il provient et dont il est au service en adoptant, précise-t-il, un style de vie austère et simple, sans accepter des privilèges qui n’ont pas la saveur de l’Évangile. Le Pape rend grâce enfin pour la sainteté du Peuple de Dieu. Dans sa constance à aller de l’avant chaque jour, le Pape voit la sainteté de l’Église militante. « Laissons-les nous aider et nous encourager par leur témoignage ».

Renouveler le courage sacerdotal

Dans cette lettre, le Pape encourage également longuement les prêtres car la mission à laquelle ils ont été appelés, ne les immunise pas contre la souffrance ou l’incompréhension, et que tout le monde a besoin de réconfort.

Le Pape les invite à regarder les problématiques qui s’imposent à eux ou d’ailleurs leurs propres limites en face, à les assumer pour laisser le Seigneur les transformer.

Pour connaître leur cœur, le Pape leur propose un test : voir comment ils réagissent à la douleur : en détournant les yeux et en ignorant l’homme à terre, en intellectualisant la douleur ou en s’en approchant de manière sélective ce qui ne génère qu’isolement et exclusion ? En faisant ainsi, jamais ils ne toucheront leurs blessures, celles des autres et ainsi celles de Jésus.

Le Pape les met également en garde contre « le plus apprécié des élixirs du démon » selon l’expression de Bernanos, à savoir « la tentation de nous attacher à une douce tristesse ». Elle peut naître d’un sentiment de déception vis-à-vis de la réalité quotidienne, de l’Église ou de soi-même. Cette tristesse est « nocive ». Elle sème le découragement, le sentiment d’abandon et conduit au désespoir. Elle rend « stérile toute tentative de transformation et de conversion en propageant ressentiment et animosité ». Si ce sentiment menace, les prêtres sont invités à demander à l’Esprit de venir les réveiller pour les libérer de l’inertie.

Il leur rappelle les Paroles de saint Paul à ses communautés : « Je combats pour que leurs cœurs soient remplis de courage » pour transmettre la joie de l’Évangile.

La prière du Pasteur

« Le Seigneur est le premier à prier et combattre pour vous et pour moi ». Le Pape insiste sur la force de la prière. Il n’est pas facile de demeurer devant le Seigneur reconnaît François, mais c’est à ce moment-là que l’on fait l’expérience « de notre bienheureuse pauvreté qui nous rappelle que nous sommes des disciples nécessiteux de l’aide du Seigneur et qui nous libère de cette tendance ‘prométhéenne de ceux qui, en définitive, font confiance uniquement à leurs propres forces’. » Dans la prière, Jésus procure le repos à toutes ses brebis, il transforme les fragilités et pousse à la mission. C’est le Seigneur qui montre le chemin d’espérance, et non des « réponses faciles, rapides et préfabriquées », « les recettes et les priorités » déterminées par le prêtre.

Comment maintenir le cœur courageux ? Il ne faut pas négliger ni son rapport avec Jésus, ni l’accompagnement spirituel. Le Pape les encourage à avoir un frère avec qui se confronter, discuter et discerner en pleine confiance et transparence ; avec qui vivre l’expérience de se savoir disciple. C’est une aide « irremplaçable ».

Le Pape leur demande également de faire croître et d’alimenter le lien avec leur peuple, sans s’isoler ou, pire, se cloîtrer dans des groupes élitistes, mais en se mettant en sortie. Devant lui pour le guider, à ses côtés pour le comprendre et derrière lui pour le maintenir uni et parce qu’il a « un sens de l’odorat dans la recherche de nouveau chemin pour marcher ».

« La douleur de tant de victimes, du peuple et la nôtre ne peut être vaine ». Le Pape souhaite que les prêtres manifestent leur proximité à ceux qui souffrent, et pourquoi pas, pour vivre la misère humaine comme le leur pour les faire eucharistie. « Notre temps, marqué par de vieilles et de nouvelles blessures nécessite, juge le Pape, que nous soyons artisans de relation et de communion, ouverts, confiants et attendant la nouveauté que le Royaume de Dieu veut susciter aujourd’hui ».

Louange

La dernière parole-clé de cette lettre est la louange. On ne peut parler de gratitude et d’encouragement sans contempler Marie qui « nous enseigne la louange capable d’ouvrir le regard à l’avenir et de rendre l’espérance au présent ». Se tourner vers Marie est recommencer à croire en « la force révolutionnaire de la tendresse et de l’affection ».

Pour cette raison, explique François, « si jamais le regard commence à s’endurcir, ou si nous sentons que la force séductrice de l’apathie ou de la désolation veut s’enraciner et s’emparer du cœur ; si (…)nous nous sentons poussés vers une attitude élitiste (…) si parfois nous sommes tentés de nous isoler (…) ou si la lamentation, la plainte, la critique ou l’ironie s’emparent de nos actions sans aucun désir de se battre, d’espérer et d’aimer…regardons Marie pour qu’elle nettoie notre regard de toute poussière” qui peut nous empêcher d’être attentifs et éveillés pour contempler et célébrer le Christ qui vit au milieu de son Peuple. »

En guise de conclusion, le Pape rend, une fois de plus, grâce aux prêtres pour leur dévouement et leur mission. « Laissons la gratitude susciter la louange et nous encourager une fois encore dans la mission de consacrer nos frères dans l’espérance ». Il les invite à être des hommes qui témoignent par leur vie de la compassion et de la miséricorde que Jésus seul peut offrir.