Homélie du 3e dimanche de Pâques. Les disciples d’Emmaüs Enregistrer au format PDF

Samedi 25 avril 2020 — Dernier ajout samedi 2 mai 2020
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Homélie troisième dimanche de Pâques – année A – 26 avril 2020

Textes : Actes des apôtres 2, 14 – 22 Psaume : 15 2° lecture de Saint Paul aux Romains : 17, 21 Evangile ! Selon Saint Luc, 24, 13 - 35 : les disciples d’Emmaüs

Chers amis,

Si vous interrogez quelqu’un dans la rue et lui demandez : « Connaissez-vous Emmaüs ? » Sans doute vous répondra-t-il : « Ah oui, c’est une association qui récupère du mobilier, et d’autres objets, qui les répare et ensuite les vends… » Peut-être vous parlera-t-on aussi de l’accueil assuré par cette même association de personnes en difficulté qui travaillent à la restauration des objets récupérés et que l’on appelle des « compagnons ».

Si vous leur demandez : « Connaissez-vous le fondateur de cette association ? ». Ils pourront vous parler de l’Abbé Pierre et de son fameux appel de l’hiver 54… alors qu’il était député de la France.

Mais ces personnes feront-elles référence à l’épisode que nous lisons aujourd’hui dans la liturgie de ce dimanche. Une très belle page qui constitue pour les chrétiens une magnifique catéchèse pour les adultes qui se présentent pour le baptême, la confirmation et l’eucharistie, un vrai chemin de révélation.

Il nous est bon, précieux et utile de relire le texte dans son entier, en regardant les personnages : « deux disciples ». On ne connait pas leur nom. La scène nous est présentée comme se déroulant au soir du premier jour de la semaine, soit pour nous le dimanche soir, donc au soir de la résurrection. Puis il y a le lieu. Ces deux hommes se dirigent vers un village nommé Emmaüs. Sur ce chemin, un autre personnage (Jésus) vient les rejoindre. Personnage qu’ils ne reconnaissent pas : « leurs yeux étaient empêchés de Le reconnaitre », mais Celui-ci, par ses questions, leur permet d’évoquer tous les évènements qui se sont déroulés à Jérusalem, à savoir « ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth, prophète puissant par ses actes et ses paroles, devant Dieu et devant tout le peuple. » Et eux d’évoquer tous les évènements dont ils ont connaissance. Heureux de partager leur désarroi. D’où l’importance de la parole partagée.

C’est le temps de la relecture, avec des espérances déçues même : « Nous espérions que c’était Lui qui allait délivrer Israël. » Ils évoquent même ce que les femmes ont raconté : « Tombeau vide, des anges qui disaient qu’il est vivant. » Puis vient l’évocation de la visite des disciples qui constatent les choses comme les femmes l’avaient décrite.

C’est alors que ce personnage – pour l’instant inconnu – les interpelle : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrit pour entrer dans sa gloire ? » Et partant de Moïse et de tous les prophètes, il leur interpréta, dans toute l’écriture ce qui Le concernait. » C’est le temps de la catéchèse.

Puis nous arrivons à ce geste d’accueil, alors que ce personnage envisage de poursuivre sa route – comme s’il ne voulait pas s’imposer – « Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse. » Il entra pour rester avec eux. Puis l’accueil continue avec le partage du repas. Mais voilà le moment où nous sommes conviés à dépasser ce simple repas puisque ce personnage prend le pain, prononce la bénédiction et l’ayant rompu le leur donne…Nous retrouvons les gestes et les paroles de Jésus au soir du jeudi saint. C’est l’eucharistie renouvelée, signe d’une nouvelle présence.

Alors leurs yeux s’ouvrent et « ils le reconnurent, mais il disparut à leur regard. » Voilà une nouvelle manifestation du Ressuscité auprès de ces deux disciples. C’est le signe de l’eucharistie qui leur permet ainsi de passer d’un simple accueil et du partage fraternel à cette dimension nouvelle du repas proposé par Jésus, c’est de cette manière qu’Il se révèle à eux.

Ils font à nouveau le constat que cette rencontre avait une dimension tout à fait exceptionnelle : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous tandis qu’il nous parlait sur la route et nous expliquait les Ecritures ? » Comme quoi, ils faisaient une expérience particulière sans pouvoir expliciter cette situation. Beaucoup de catéchumènes disent volontiers, avant leur découverte de la foi, qu’ils sont habités par un désir, par des appels, par des signes, sans pouvoir les nommer. Il faut le temps de la rencontre personnelle, le temps de l’expérience avec le Vivant et qu’ils puissent dire alors : « Je crois parce que je L’ai rencontré à mon tour. » Et ce chemin peut prendre du temps pour que les yeux s’ouvrent à la lumière.

Je pense en ce moment au chemin parcouru par les jeunes qui devaient être confirmés aujourd’hui à l’église de Quessoy. Ils font partie de ces jeunes chrétiens qui ont aussi cheminé depuis plusieurs mois et cherché à découvrir le Seigneur présent dans leur vie.

Revenons aux disciples d’Emmaüs, c’est maintenant le retour à Jérusalem pour témoigner devant les onze apôtres et leurs compagnons de l’expérience qu’ils viennent de vivre, tout en accueillant un autre témoignage : « Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon Pierre. »

On ne dira jamais assez comment la rencontre du Christ demande à être partagée. Oui, nous qui avons fait cette expérience du Ressuscité du matin de Pâques, nous avons à rendre compte de notre foi, un peu à la manière dont l’apôtre Pierre proclame sa foi devant les juifs et les gens réunis à Jérusalem : « Dieu a ressuscité Jésus en le délivrant des douleurs de la mort, car il n’était pas possible qu’elle le retienne en son pouvoir. ». Rappelons-nous les paroles de Bernadette à Lourdes, au sujet des apparitions dont elle a été témoin : « Je ne suis pas chargé de vous faire croire, mais je suis chargé de vous le dire. »

Chacun, chacune est convié à faire sa propre expérience du Ressuscité. Je ne peux croire à la place des autres. Je peux simplement prier pour leur conversion.

Peut-être chacun de nous pourra se reconnaitre dans le chemin de foi de ces deux disciples anonymes !

P. Francis Morcel

N.B. – Pour la première fois cette année, en fonction du contexte de coronavirus, les communautés « Emmaüs », ne pouvant plus exercer leur activité, en particulier les ventes diverses, font appel aux dons pour subvenir aux besoins des personnes hébergées.

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