Homélie du 6e dimanche de Pâques (A) Dimanche 17 Mai 2020 Enregistrer au format PDF

Dimanche 17 mai 2020 — Dernier ajout dimanche 24 mai 2020
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Textes de la liturgie : Actes des Apôtres (Ch. 8, 5-8. 14-17) 1re lettre de Pierre (3,15-18) - Evangile de Jean (14,15-21)

Frères et soeurs, depuis notre Baptême, nous sommes invités à être témoins, comme en avait donné l’ordre Jésus lui-même à ses Apôtres au matin de l’Ascension : « Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. »

Dans la 2e lecture de ce dimanche, on comprend alors pourquoi l’apôtre Pierre écrivait à sa communauté chrétienne : « Soyez prêts à tout moment, à présenter une défense devant quiconque vous demande de rendre compte de l’Espérance qui est en vous ! »

Arrêtons-nous sur notre rôle de témoins pour oser témoigner de l’Espérance qui est en nous. Mais qu’est-ce donc un témoin ? C’est celui qui a regardé et écouté, qui fait mémoire, et qui est invité à rendre compte.

1 - Dans la 1re lecture du livre des Actes des Apôtres, nous entendons :

« Les foules de Samarie s’attachaient à ce que disait Philippe, car tous entendaient parler des signes qu’il accomplissait, ou même ils les voyaient. » Ne croyez-vous pas, que bien souvent, nous passons à côté des personnes en nous contentant de les voir et de les entendre, sans prendre le temps de les regarder et de les écouter vraiment ?

Il en est de même dans notre relation avec Dieu. Rappelons-nous ces deux disciples sur la route d’Emmaüs, ils voyaient cet homme qui faisait route avec eux, ils entendaient ses paroles, mais il leur faudra un signe pour qu’ils reconnaissent le Ressuscité ; alors le cœur brulant, ils l’écoutent dans la foi.

La prière peut être pour nous ce temps que nous nous donnons pour regarder avec les yeux de la foi et pour écouter avec un cœur croyant. Et en méditant la Parole de Dieu, c’est avec un regard et une écoute de croyant, que nous laissons le Seigneur nous parler, comme un ami parle à son ami, non seulement de vive voix, mais aussi par ses écrits et par des signes.

2 – Après avoir regardé et écouté, il nous faut faire mémoire :

Il est des paroles, des gestes, des évènements, qu’il ne faut pas oublier. On aime faire mémoire ensemble, c’est ce que l’on fait en famille, entre amis, lorsqu’on feuillette un album de photos de baptême, de mariage, ou autres… Si des chrétiens éprouvent le besoin de se réunir (et nous en sommes empêchés depuis 2 mois !), c’est bien pour faire mémoire, non pas comme des nostalgiques du passé, mais comme des vivants qui puisent dans le passé, la force pour vivre le présent, et bâtir un avenir meilleur. Faire révision de vie en action catholique, (j’ai été témoin qu’elle a été pour bien des militants à l’origine et un soutien dans leurs engagements) ; faire une relecture dans des mouvements de spiritualité, c’est bien pour discerner l’œuvre de Dieu aujourd’hui, afin de ne pas oublier. La relecture, la révision de vie, on ne peut les faire seul, on a besoin des frères et soeurs qui vous aident à percevoir les évènements, comme des « signes du Ressuscité ».

3 – Regarder, écouter, faire mémoire, il faut aussi rendre compte.

« Soyez prêts à tout moment à rendre compte, devant quiconque vous demande de rendre raison de l’Espérance qui est en vous » disait l’apôtre Pierre.

Le temps du témoignage est sans doute difficile aujourd’hui, dans un monde assez semblable à celui dans lequel, au début de l’Eglise, vivait la première communauté de Pierre : monde indifférent, plus qu’hostile, je crois ! Mais avouons-le, nous sommes parfois bien timides, même quand il s’agit de témoigner, dans notre propre famille, ou dans le cercle de nos amis. Jésus le savait que ce serait difficile. N’a-t-il pas envoyé ses disciples témoigner 2 par 2, sans doute pour qu’ils se soutiennent, s’encouragent.

Et puis surtout, il nous a promis un « Défenseur qui sera toujours avec nous, l’Esprit de Vérité » Et nous, faisons-nous assez confiance à ce Défenseur qui nous habite depuis notre Baptême, et notre Confirmation ? L’appelons-nous à notre secours, pour que nous trouvions les mots et les gestes qui témoignent de la vérité ?

En revenant à l’actualité, durant cette période de confinement, beaucoup de chrétiens ont souffert de ne pouvoir se rassembler, ni de communier. On comprend évidemment leur souffrance. D’autres ont vécu ce « jeûne eucharistique » comme un temps de grâce pour mieux reconnaître la présence du Ressuscité à travers d’autres signes.

Personnellement, je n’ai pu m’empêcher de penser à nos frères chrétiens d’autres continents, et même de certaines régions de France plus désertes que la nôtre sur le plan ecclésial, qui ne peuvent que très rarement se rassembler le dimanche ; j’ai pensé à nos frères et soeurs malades ou âgés, privés aussi de l’Eucharistie.

Mais réjouissons-nous en étant témoins de la foi au Christ, que bien des chrétiens reconnaissent le Ressuscité présent lorsqu’ils se rassemblent « en son nom » (peut-être virtuellement, mais réellement), quand ils ouvrent le livre de la Parole de Dieu, en concluant un passage d’Evangile par ces mots : « Acclamons la Parole de Dieu … Louange à toi Seigneur Jésus ». Mais aussi des chrétiens reconnaissant que ce qu’ils font à leurs frères, spécialement aux plus petits, « C’est à Lui, le Ressuscité qu’ils le font »…

Ce temps de confinement (et espérons de déconfinement !) a pu révéler chez nous, et bien d’autres, hommes et femmes, jeunes et adultes, croyant au ciel ou n’y croyant pas, ce qu’il y a de meilleur en l’homme : gestes de solidarité, gestes de générosité, gestes de fraternité, gestes si beaux qu’ils méritent aussi d’être applaudis.

A l’approche de la Pentecôte, la fête de l’Esprit-Saint, « notre Défenseur et Consolateur », promis par Jésus dans l’Evangile de ce dimanche : que notre faim eucharistique à nous chrétiens, continue de creuser en nous, le désir de servir d’une manière renouvelée, chacun suivant son charisme et ses possibilités.

Abbé Claude Madigand