Homélie du Vendredi Saint 2020 Enregistrer au format PDF

Père Madigand
Vendredi 10 avril 2020 — Dernier ajout dimanche 12 avril 2020
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Homélie du Vendredi Saint 2020

Nous hésitons toujours à parler de la souffrance ; nous avons tellement peur de blesser ceux qui souffrent. La souffrance n’est pas une réalité abstraite, elle est un état qui exige le respect, et bien souvent le silence.

Pourquoi donc alors l’Eglise donne-t-elle à la Croix, objet de souffrance, objet de supplice, une telle place ? L’Eglise voudrait-elle encore dire du bien de la souffrance, au risque de révolter ceux qui souffrent ?

Il faut dire et redire que la souffrance est un mal, et, parce qu’elle est un mal, il faut la combattre. Il faut dire et redire que la Croix est un gibet ignominieux qui manifestait (au temps du Christ) un total mépris de la personne humaine, autant vis-à-vis de ceux qui étaient crucifiés, que ceux qui les crucifiaient.

Si nous méditons en ce jour du Vendredi Saint, devant la Croix, ce n’est donc ni la croix, ni la souffrance pour elles-mêmes que nous méditons, mais la façon dont JESUS a vécu sa crucifixion, et la façon dont les personnes souffrent.

JESUS, sur la croix, fut élevé, et DIEU l’a relevé.

Celui qui souffre est invité à lever les yeux pour être élevé.

Ce qui a élevé Jésus sur la croix, c’est son Amour pour tous les hommes.

Toute sa vie fut animée par cet Amour, depuis sa naissance dans une crèche à Bethléem en Judée, jusqu’à son abaissement en « devenant obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix », comme le dit St Paul.

Jésus ne s’est pas abaissé par mépris de sa condition mortelle, mais parce qu’il savait que Dieu relève les petits, les humbles, tous ceux qui s’oublient pour aimer leurs frères. Et lui-même est passé sur les routes des hommes, pour relever ceux que la souffrance écrasait, ceux que le péché dévalorisait, ceux que l’exclusion mettait au ban de la société.

C’est cet abaissement de lui-même, et son attention à ceux que la vie rabaissait, que DIEU a voulu exalter en le relevant, en le ressuscitant. Sur la Croix, Jésus a donné à voir la plus belle des définitions de l’Amour qu’il a exprimée lui-même : « Il n’y a pas de plus grande preuve d’Amour que de donner sa vie pour ceux que l’on Aime »

Sur la Croix, Jésus le supplicié n’est plus cloué ; elle est nue parce que celui qui y était cloué est ressuscité ; elle n’est là que pour nous rappeler jusqu’où a été l’Amour fou de Dieu pour nous.

C’est l’Amour qui a élevé le Fils sur la Croix, et c’est encore l’Amour du Père qui l’a relevé. Alors oui, levons les yeux vers Celui qu’ils ont crucifié, il nous dit que seul l’Amour donne sens à toute existence humaine.

Et nous qui souffrons ou qui essayons de porter la souffrance d’un proche, comment pouvons-nous être élevés ?

Si nous souffrons, essayons de lever les yeux vers la CROIX ; n’hésitons pas à dire à Jésus, notre souffrance, à crier notre douleur, comme n’hésitaient pas à crier ceux que Jésus rencontrait sur les routes de Palestine. Puis essayons de lui dire une parole de confiance, comme celle du bon larron crucifié près de Jésus : « Souviens-toi de moi ! » Dieu n’est pas loin de celui qui souffre, il souffre avec lui.

Et il veut parfois avoir besoin de médiations humaines pour manifester sa compassion. En regardant ou en pensant aux soignants qui ne se contentent pas de donner des soins mais qui passent du temps à écouter, à sourire, c’est Dieu qui compatit .

En pensant aux accompagnateurs des personnes en fin de vie, qui se contentent de tenir la main, de caresser, de parler à voix basse pour rassurer, c’est Dieu qui compatit … Nous apercevons Dieu qui compatit chaque fois qu’en levant les yeux, nous découvrons l’Amour qui traverse toute souffrance.

  • En ce Vendredi Saint, (qui, à cause de la pandémie, du confinement, ne sera sans doute pas comme d’habitude !), veillons encore pour nous souvenir de la Passion de Notre Seigneur Jésus Christ.

Prions aux intentions du monde et de l’Eglise ; prions pour les malades, les soignants qui travaillent nuit et jour, ceux que le Covid a déjà emportés, les familles endeuillées …

Méditons ces quelques mots, extraits d’un sermon de St Léon le Grand pour la Passion : « Ô admirable puissance de la Croix ! Oui Seigneur, tu as tout attiré à toi ! Ta croix, ô Christ, est la source de toutes les bénédictions, la cause de toute grâce. Par elle, les croyants tirent de leurs faiblesses la force, du mépris reçu la gloire, et de la mort la Vie »

Et ceux du Pape François à sa méditation du 27 mars : «  Nous avons une ancre : par sa croix, Jésus nous a sauvés ; nous avons un gouvernail : par sa croix, nous avons été rachetés »

Ce jour est un jour d’ESPERANCE pour tous ceux qui souffrent, pour tous ceux qui voient un être cher les quitter, pour tous ceux qui traversent la nuit de la solitude ou du doute. Depuis le premier Vendredi Saint de l’histoire, nous croyons que la Vie et l’Amour auront toujours le dernier mot.

P. Claude Madigand