Témoignage de séminariste Enregistrer au format PDF

Mercredi 10 juin 2020
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La vie cachée

Nous sommes en mai, et la vie explose et expose avec charme : fleurs et jeunes pousses d’un vert tendre qui me réjouissent chaque année. Elle était pourtant là, en sommeil, durant tout l’hiver, cachée dans ces bourgeons brunâtres bien discrets, sur des rameaux dénudés qui pouvaient nous sembler morts, au fond des racines dissimulées dans le sol. C’est l’attente fébrile du jardinier, qui guette avec une patience mêlée d’impatience, les bourgeons d’un jeune pommier récemment planté : le transfert a-t-il fonctionné ? L’arbre va-t-il repartir ? Y aura-t-il des branches mortes ? Douce épreuve de la contemplation, où nous sommes bien impuissants.

C’est peut-être ce que le Seigneur m’invite à vivre durant ce temps de confinement, avec un temps de retard sur le reste de la nature (comme souvent chez les humains). Je suis comme ce tronc qui porte de nombreux et ridicules bourgeons et qui attend la sève de Vie venue d’en-bas pour repartir. Une vie cachée et sourde qui travaille dans le silence de mon être. Une vie cachée comme celle que vécut Jésus pendant près de 30 ans dans l’obscurité de Nazareth. Une vie cachée comme celle du Samedi Saint, où le corps de Jésus demeure durant 3 jours au tombeau et d’où il sortira vainqueur, et nous avec.

Dans la fidélité au quotidien, et en particulier dans la vie de prière si riche du séminaire, en communauté aussi bien que personnellement, c’est une Vie venue d’un Autre que je tâche patiemment de cultiver et de faire grandir en moi et autour de moi. La relecture de ma journée, le soir avant le coucher, m’apporte beaucoup de joie, en y discernant tous les petits signes de résurrection que le Seigneur m’a discrètement donnés pour préparer le retour à la vie, l’éclosion de nouveaux bourgeons, comme autant de promesses de vie. C’est l’espérance qui m’aide à traverser l’épreuve du confinement : le Seigneur est là, il travaille en silence et prépare son œuvre ; il m’invite à me laisser faire et à y collaborer.

Loué sois-tu, Dieu de toute vie !

Mathieu Corson

cf : bulletin paroissial de juin